La souveraineté numérique s’impose désormais comme un enjeu stratégique en France. Longtemps cantonnée aux cercles d’experts et aux débats politiques, elle concerne aujourd’hui directement la compétitivité, la résilience et les choix technologiques des entreprises comme des institutions.
Le 26 janvier 2026, le gouvernement français a organisé les premières Rencontres de la souveraineté numérique à Bercy, à Paris, sous l’égide de Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. Cet événement a réuni responsables publics, dirigeants d’entreprise et acteurs du numérique pour poser un diagnostic et lancer des dispositifs concrets destinés à mesurer et réduire les dépendances numériques vis-à-vis des acteurs étrangers, notamment américains.
SOMMAIRE :
- Une dépendance aux acteurs américains devenue indéniable
- Des initiatives concrètes lancées en janvier 2026
- Des décisions concrètes pour le secteur public
- Une dépendance qui dépasse la simple géographie
- Pourquoi ce sujet devient central aujourd’hui
- Conclusion — De la dépendance subie à la dépendance choisie
Une dépendance aux acteurs américains devenue indéniable
Lors de l’événement du 26 janvier, Anne Le Hénanff a souligné que « la France et l’Union européenne font face à des dépendances technologiques profondes » et que cette situation « n’est plus acceptable ». Ce constat vise en particulier la prédominance des acteurs américains dans les logiciels, les services cloud, les plateformes et les briques numériques qui structurent l’économie moderne.

Selon un rapport publié en 2025 par le Club informatique des grandes entreprises françaises (Cigref), environ 80 % des dépenses européennes en logiciels et services cloud à usage professionnel sont confiées chaque année à des entreprises américaines, ce qui représente près de 265 milliards d’euros.
Cette dépendance ne se limite pas à une question de préférence technologique : elle implique des choix de fournisseur, des cadres juridiques et des conséquences réelles sur la maîtrise des données et des infrastructures.
Des initiatives concrètes lancées en janvier 2026
Lors de ces rencontres, deux initiatives importantes ont été présentées :
L’Observatoire de la souveraineté numérique
Officiellement lancé le 26 janvier 2026, cet observatoire a été confié au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, sous la coordination de Clément Beaune. Sa mission est de mesurer et cartographier les dépendances numériques, des logiciels aux infrastructures, des acteurs publics et privés, afin de dégager des pistes d’action.
Un questionnaire national sera déployé fin janvier 2026 auprès des organisations pour analyser leurs dépendances aux solutions extra-européennes. Les premières restitutions devraient être rendues au printemps 2026.

L’Indice de résilience numérique
Parallèlement, un Indice de résilience numérique a été présenté comme un outil d’aide à la décision pour les entreprises. Sa vocation est d’aider les organisations à mesurer leur dépendance numérique et leur capacité à résister à une rupture de service ou à un changement de fournisseurs.
L’indice, soutenu par un comité scientifique indépendant et un baromètre macroéconomique, ambitionne de fournir une lecture objective des dépendances technologiques stratégiques, données, infrastructures, logiciels, chaînes critiques, pour aider les dirigeants à piloter leurs choix technologiques de manière plus rationnelle.
Des décisions concrètes pour le secteur public
L’actualité française illustre également que cette attention stratégique se traduit par des choix opérationnels. Le ministre de la Fonction publique, David Amiel, a annoncé la généralisation d’ici 2027 d’une solution de visioconférence “100 % française” pour l’ensemble des services publics, dans le but de réduire la dépendance à des plateformes américaines comme Microsoft Teams ou Zoom.
Une dépendance qui dépasse la simple géographie
Un point essentiel mis en avant par les autorités est que la localisation géographique des serveurs ne garantit pas la souveraineté numérique. Une infrastructure hébergée en Europe peut être exploitée via des technologies ou selon des cadres juridiques qui échappent à la maîtrise européenne, particulièrement lorsqu’il s’agit d’acteurs soumis à des législations comme le Cloud Act américain.
Cet aspect juridique a été souligné comme une dimension clef des vulnérabilités actuelles.
Pourquoi ce sujet devient central aujourd’hui
Plusieurs facteurs expliquent l’émergence de ce sujet en première ligne :
- Les dépendances historiques aux acteurs américains se sont accrues avec la montée en puissance du cloud, des services SaaS et des plateformes numériques.
- Des enjeux géopolitiques et économiques plus larges incitent les États à repenser leur autonomie technologique.
- Une conscience accrue des risques de sécurité, d’accès aux données et d’extraterritorialité juridique pousse à des approches plus maîtrisées.
Cette transformation du débat public vers l’action politique confirme que la souveraineté numérique n’est plus une option : elle devient un critère structurant des politiques publiques et des décisions d’entreprise.
Conclusion — De la dépendance subie à la dépendance choisie
La France aborde désormais la souveraineté numérique de front. Ce changement de paradigme traduit une volonté d’identifier les dépendances, de comprendre leurs implications et, surtout, de donner aux acteurs, publics comme privés, les outils pour décider en connaissance de cause.
Pour les entreprises, ces enjeux prennent une forme très concrète.
La souveraineté numérique ne se joue pas uniquement dans les annonces publiques, mais dans des décisions opérationnelles : choix d’un hébergement, recours à des solutions cloud, déploiement d’outils d’intelligence artificielle.
C’est à ce niveau que se créent (ou se réduisent) les dépendances. Les architectures techniques, les contrats signés et les données confiées à des tiers deviennent des choix stratégiques à part entière.
Comprendre ces implications permet aux organisations de reprendre la main sur leurs dépendances, sans renoncer à la performance ni à l’innovation.